Le « test du sac à main » : une pratique de recrutement illicite au regard du droit du travail et des libertés fondamentales
Il y a des pratiques de recrutement qui interrogent, d’autres qui surprennent… et puis il y a le « test du sac à main ». Révélée par une question écrite de la sénatrice Catherine Dumas en octobre 2025, cette méthode consiste à demander à une candidate de « vider son sac » (au sens propre) en entretien, soi-disant pour jauger son sens de l’organisation. Une idée qui aurait sans doute mérité de rester dans le tiroir des mauvaises inspirations RH.
La réponse du ministère du Travail, publiée en février 2026, ne laisse place à aucune ambiguïté : cette pratique est tout simplement illicite.
Une méthode sans lien avec les compétences professionnelles
Le ministère rappelle un principe fondamental du Code du travail : selon l’article L. 1221‑6, seules les informations présentant un lien direct et nécessaire avec l’emploi peuvent être demandées à un candidat. Or, sauf à recruter une archiviste spécialisée, la pratique « sur sac à main » n’a pas vocation à évaluer une compétence professionnelle.
Les recruteurs disposent déjà d’outils sérieux comme les mises en situation, les questions comportementales, ou encore les études de cas, pour apprécier l’organisation d’un candidat.
Une atteinte manifeste à la vie privée
Au-delà de son inutilité, la pratique est surtout attentatoire à la vie privée, protégée par l’article L. 1121‑1 du Code du travail. Le sac à main, c’est un peu la dernière frontière de l’intime : médicaments, documents personnels, objets révélant la situation familiale ou les convictions… Autant d’informations sensibles que le candidat n’a aucune obligation de dévoiler.
Cette protection est d’ailleurs renforcée par l’article 9 du Code civil, l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, et par la jurisprudence constitutionnelle (décision n° 2014‑693 DC du 25 mars 2014). Le ministère est clair : l’atteinte n’est ni justifiée, ni proportionnée, ni nécessaire. Bref, triple faute.
Un risque de discrimination… très genré
Autre écueil, et non des moindres : cette pratique vise quasi exclusivement des femmes. Elle peut donc être qualifiée de discrimination fondée sur le sexe, prohibée par les articles 1132‑1 du Code du travail et 225‑1 du Code pénal. Une qualification qui peut coûter cher à l’employeur, tant sur le plan civil que pénal.
On imagine mal un recruteur demander à un candidat de vider ses poches, son sac de sport, son attaché-case ou sa boîte à outils ! Le « test du sac à main » révèle ainsi une inégalité de traitement difficilement justifiable.
Un cadre juridique suffisant, mais une vigilance accrue
Le Gouvernement estime que le droit positif permet déjà d’encadrer et de sanctionner ces dérives. Pas de réforme en vue, donc. En revanche, l’inspection du travail restera attentive aux signalements.
Le message adressé aux employeurs est limpide : jouer les détectives privés en entretien d’embauche n’est pas seulement maladroit, c’est illégal. Et cela nuit à la confiance, pourtant essentielle dans tout processus de recrutement.

